Le CaPRa a créé une structure professionnalisée pour venir en aide aux populations exposées. Il regroupe l’expertise et le savoir-faire d’acteurs de terrain, de médecins pneumologues sensibilisés aux problèmes de l’amiante, d’avocats spécialisés dans le domaine des pathologies liées aux risques professionnels.

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Collectif d´Accompagnement et de Prévention des Risques Amiante

  Hôpital de la Fraternité
Pavillon d´accueil
1er étage
20 avenue Julien LAGACHE
59100 ROUBAIX

Permanence le jeudi
de 16 H 30 à 20 H 00
ou sur rendez-vous


Tél. : 03 20 80 99 36
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Président d´honneur :
Dr Hubert BARBIEUX

Présidente du Conseil d´administration :
Ghislaine PLE

Témoignages 

Vous retrouverez dans cette rubrique les témoignages de personnes malades de l´amiante...

 

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Témoignage de Christophe AGUILERA

Profession: Soudeur

 

Je déclare être un ancien salarié de Stein Industrie, devenu Alstom, établi 1ter rue Jules Guesde à Lys Lez Lannoy depuis 1976. J´ai travaillé de mon embauche jusqu´en 1987 dans tous les halls. Les fabrications d´alors étaient des chaudières VP,VPW.

j´ai été amené à faire du flocage (application d´amiante à mains nues) à l´intérieur des chambres de ces chaudières, collecteurs, tuyauteries, broyeurs à charbon, gaines de ventilation pour les centrales thermiques. Ces matériels utilisaient en interface ou isolants des joints à base d´amiante sous forme de cartons, en vrac, en bourre ou en plaques d´isolant.

J´ai donc travaillé comme soudeur dans les halls 27,28,29,31 et 35. Nous utilisions des rouleaux d´amiante d´un mètre de large disposés et agrafés le long des collecteurs,dans le cas des aciers faiblement et fortement alliés. C´était la technique utilisée pour maintenir la température prescrite par le process de soudage et pour me protéger du rayonnement direct des rampes à gaz.

J´ai aussi fabriqué des joints dans du carton amiante et disposé des tresses d´amiante dans les cadres de porte et entre les brides des boyeurs, gaines et Dravos.

Le plus pénible était  au hall 27 avec le gros piquage (gros collecteur dans lequel il y avait un trou où on venait mettre un autre élément dessus). Il fallait meuler les "reprises" dues aux soudures et constamment chauffées par des rampes de gaz à l´intérieur (~ 400°) pour les alliages de 12% de chrome; ce qui les rendait très résistant.

Pour se protéger contre la chaleur, on installait un système de protection mobile (genre tablette qui arrivait à mi-hauteur d´homme) recouvert entièrement de toile d´amiante. Souvent, à force d´être exposée à la chaleur et au frottement du câble de la pince à souder et de la meule, la toile se détériorait et se désagrégeait en envoyant de grandes quantités de poussières d´amiante en suspension dans l´air que le personnel de l´atelier respirait.

De plus, les opérateurs étaient munis de gros gants fait en amiante qui recouvraient tout le bras (presque) jusqu´à l´épaule.

Ce travail était tellement pénible qu´en 1984, nous touchions une prime de 6,36 francs de l´heure; qu´on ne pouvait pas travailler dessus plus de 15 jours et que nous avions une surveillance médicale particulière du médecin du travail. 

J´ai été licencié en 1987 et j´ai fait des intérims. J´ai été suivi par la médecine du travail qui a détecté une anomalie lors d´une radiographie des poumons; aucune suite n´a été donnée alors. Plus tard, j´ai fait une bronchite et j´ai refait une radio. J´ai ensuite passer un scanner qui a révélé une petite tâche. J´ai alors été opéré car, après analyse, il s´agissait d´un cancer; d´où ablation du lobe complet du poumon. 

Les 5 premières années  qui ont suivi l´opération, tout s´est bien passé malgré quelques douleurs au thorax. Mais le temps passant, les douleurs s´accentuent. Lors de l´opération mes côtes ont été écartées pour arriver au poumons. Je dois souvent faire des séances de manipulation, d´infiltration et prendre des décontractants contre la douleur.

De plus, selon les rapports médicaux, je présente "un état psycologique lié à la connaissance de la pathologie et entraînant des fluctuations du moral, avec un état anxieux et des bouffées d´angoisse". pour ne pas inqiéter ma famille, je ne parle pas de ma maladie à la maison; je garde donc mes soucis pour moi. 

je me suis rendu compte que plusieurs de mes collègues de chaudronnerie ont eux aussi été atteints. 

Aujourd´hui, je ressent beaucoup de colère contre les dirigeants d´Alstom et contre la négligence dont ils ont fait preuve. car ils auraient dû mettre à notre disposition des moyens de protection efficaces alors que nous avions des gants et des masques inappropriés. Ils ont bafoué l´hygiène et la sécurité des salariés au détriment de leur santé. 

J´autorise la publication du présent témoignage

Christophe AGUILERA 

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Témoignage de Roger CAULLET

Profession :  Soudeur - tuyauteur

Le CAPRA rend hommage à Roger emporté par la maladie lié à l´amiante. De son vivant il nous avait autorisé à publier son témoignage... 

J´ai été embauché chez Stein Industrie en décembre 1969, j´ai été licencié en février 1987, je travaillais sur des aciers préchauffés, que ce soit en petites ou grosses tuyauteries.

J´ai également travaillé au service nucléaire sur les ECO.EVA en acier spécial. J´utilisais des coquilles d´amiante, ces coquilles se présentaient sous forme de demi-coquilles en acier avec de l´amiante à l´intérieur et un système de chauffage éléctrique pour les grands coudes.

Je pratiquais la méthode de soudure en corniches et les coquilles d´amiante servaient à maintenir la chaleur ( A retenir qu´entre chaque cordon de soudure, je devais meuler donc l´amiante se dédagrégeait et nous en avions plein les narinnes).

En petite chaudronnerie, je devais mettre de l´amiante sur les tuyauteries pour qu´elles refroidissent lentement. En grosse chaudonnerie, l´acier devait rester à température (exemple  pour les matières en "X20" la température était de 400°) pour me protéger, il y avait une rampe d´amiante de part et d´autre du collecteur. A chaque reprise de soudure, je meulais les cordons de soudure et là aussi j´en prenais plein les narinnes et  copains aussi.

J´ai toujours utilisé de l´amiante, même pour les essais de fils à souder ou les baguettes de soudures. Les résultats étaient que les manchettes étaient systématiquement recouvertes d´amiante ( pour éviter les fissures et cassages).

Pour le raboutage spécial avec des matières différentes comme le CR3 et l´Inox, je devais  chauffer la partie  en CR3 à 250°; A chaque fois, en fin de soudure je devait les recouvrir de toiles d´amiante pour laisser refroidir plus lentement la tuyauterie. Cette procédure permettait d´éviter les fissures et le "cassage".

Personne ne nous a averti des dangers de l´amiante. Le scanner n´a rien fait apparaître mais il faut rester vigilant et faire un suivi médical pour prévenir d´un départ éventuel de la maladie dans les années à venir.

Je sais que cette attestation est destinée à être produite en justice et que toute fausse déclaration m´expose à des sanctions pénales. J´autorise son édition.

Le 16 octobre 2003

Roger CAULLET

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Témoignage de Pierre HERTSOEN

Profession :   Contrôleur

 

Embauché en mai 1964 en tant que contrôleur de fabrication dans les établissements Stein et Roubaix (devenu Alstom), je supervisais toutes les fabrications de chaudronnerie et de tuyauterie.

Nous étions constamment dans les ateliers, et donc en contact direct avec toute personne manipulant l´amiante et qui sans instruction et connaissance de cause, polluait notre environnement avec ses conséquences sur l´air, nos poumons ou d´autres organes, les plans, les cartons de travail, les gammes qualités. Ces fibres d´amiante retombaient sur nos vêtement de travail, sous-vêtements, cheveux et certains dans les moutaches, barbes. Ce poison, nous le transportions chez nous pouvant ainsi contaminer femmes et enfants et aussi d´autres personnes.

Tous types de contrôle étaient réalisés: dimensionnel, ressuage, contrôle des nuances d´aciers, radiographies, ultra-sons, magnétoscopie. les zones de travail étaient polluées par les fibres d´amiante laissées lors des protections calorifugeage, étanchéité par les toiles, cartons, bourre ou joints. Ces contrôles se faisaient aussi alors que les pièces ou des zones de celle-ci étaient encore recouverte de toiles d´amiante usagées. Les toiles d´amiante des zones découvertes jonchaient parfois les sols. Ces dernières étaient récupérées par la suite et stockées en atelier pour d´autres usages.

Il faut savoir que nous n´étions nullement informés des dangers de ce produit qu´est l´amiante. Les toiles ou les plaques de carton d´amiante étaient à la libre disposition pour les travaux. Elles étaient stockés dans de petits magasins d´ateliers. Les ouvriers déroulaient les toiles puis en coupaient les longueurs nécessaires à l´aide d´un coutaeu. Les plaques de carton d´amiante étaient cassées libérant ainsi des poussières.

Lors des vérifications des températures de préchauffage, des métaux d´apport employés, la qualification des soudeurs opérationnels, les pièces étaient entourées de protection d´amiante. Lorsque nous assistions aux rectifications par chalumeau des tubes cintrés, nous étions aussi exposés. Le personnel plaçais des plaques de carton d´amiante entre les tubes et les grosses tôles d´épure (servant de marbre) afin que celles-ci ne se déforment pas.

Pour les chaudières VP WP, l´élément essentiel au calorifugeage étaient la bourre d´amiante mélangée à de l´eau que les ouvriers appliquaient sur la face extérieure des tubes avant le montage du sing casing (tôle d´habillage extérieure de la chaudière).

Le personnel n´étant pas informé des dangers de l´amiante ouvrait les sacs de bourre et les vidait sans la moindre précaussion, occasionnant de très nombreuses poussières ou en retirait de grosses brassées en plongeant les bras dans les sacs afin de préparer dans un bac le mélange bourre/colle.

Sur les écrans des chaudières, il y avait des montages de boîtes pour les passages des brûleurs (trou d´homme - pour les visites), prises de température, regards, ramoneur. Toutes celle-ci comportaient des joints d´amiante.

L´étanchéité des portes des fours à traitement thermique étaient assurée par des joints en amiante ainsi que les portes des étuves pour les produits de soudage qui étaient ouvertes de très nombreuses fois par jour. Les électrodes devaient être sorties en petites quantités et être directement replacées dans les étuves portatives individuelles. Toutes les toitures des ateliers étaient recouverte de fibrociment. Tous les hall de l´usine étaient chauffés à l´aide de Dravos (générateur d´air chaud) qui recyclaient l´air pollué des ateliers. L´aspiration se faisait au niveau des sols puis était  réinjectée par les boucjhes supérieures de l´appareil, chaud durant les périodes froides et en système de ventilation l´été.

A ce jour, je peux me considérer heureux car les examens médicaux de mes poumons n´ont révélé aucune anomalie mais je reste pessimiste sur un éventuel départ de la maladie dans les années à venir sachant que le mésothéliome pleural peut apparaître 20 à 40 ans après les années d´exposition.

Le 23 juin 2005

Pierre HERTSOEN

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 Témoignage de Jacques DESHAYES

Profession:  Chaudronnier

 

Je suis entré chez Stein & Roubaix en août 1961, à l´âge de 14 ans. Des familles entières travaillaient alors dans cette entreprise. Moi même, j´y ai travaillé avec mon père et mes frères.

J´étais affecté au service DRAVOS (appareil de chauffage à air pulsé). Cet atelier se trouvait dans un petit hall le long des maisons de la rue des Remparts à Lannoy. L´extension de l´entreprise et la construction des grands halls tubulaire ( H. 34,35,36) obligeaient le déplacement et la destruction de ce hall ainsi que des maisons d´habitation.

La construction du "triangle" se fit à cette époque ainsi qu´une chaîne de montage de "DRAVOS" où je continuais à fabriquer ces appareils (une petite parenthèse: si l´annexe II s´étend de 1957 à 1997, cela veut dire que dès 14 ans, on m´a empoisonné avec l´amiante; nous n´étions que des enfants et notre vie commençait à être détériorée).

Sur ces "DRAVOS", il fallait mettre des joints en amiante pratiquement partout, surtout où il y avait assemblage de deux pièces et la plupart du temps, je devais coller ces joints.

Un autre problème, dont on parle moins mais qui n´est pas négligeable, c´est l´utilisation de trichloréthylène (dit trichlo). Afin que les joint en amiante collent bien, il fallait nettoyer les pièces avec ce produit. On nettoyait aussi le matériel qui servait à mettre en peinture les DRAVOS. Cela se faisait dans une fosse d´ 1 m 50 de profondeur environ. Parfois, on devait sortir en vitesse pour ne pas tomber évanoui. Cela m´est arrivé. Heureusement ce produit fut interdit plus tard, car il était dangereux.

Pendant toutes ces années et jusqu´à l´obtention de mon CAP de tôlerie, j´ai travaillé aux DRAVOS. Ensuite, je suis allé dans le hall de chaudronnerie (Hall 27) et là, question amiante, ce n´était pas mieux! Avec des matières comme le cromesco, le T9 ou l´ X20, la chaleur haute température était omniprésente et c´est pour cela que nous n´avions que des protections en amiante (tablier, gants, bourre etc...). Protections pour nous, mais également pour le matériel.

Concernant l´ X20, je peux dire que la Direction, en lâchant sans trop de difficultés sur quelques revendications du personnel liées à ces nouveaux produits, prouvait qu´elle était parfaitement au courant de la nicivité de ce travail. Cela a beaucoup surpris à l´époque qu´une prime horaire important ainsi qu´un repos toutes les heures et une douche soit attribuée, alors que dans le même temps il a fallu batailler en se mettant en grève pour obtenir un double-mètre.

J´ai travaillé quelques années au Hall 28 où il y a eu la mise en place de deux cintreuses de tuyauteries. Ces cintreuse à induction pouvaient cintrer, pour l´une d´elle, des tubes allant jusqu´à 1,400 mètre de diamètre. Nous avons utilisé de l´amiante sur ces machines pour leur refroissement ou pour des problèmes techniques et ce, pendant des années, jour et nuit, particulièrement pour une grosse commande dénommée "MATIMBA"  (Afrique du Sud).

Autre forme d´exposition à l´amiante: Les étuves (qui étaient bourrées d´amiante). Avec la diversification des fabrications, et des matières ordinaires ou spéciales que j´ai citées précédemment, nous devions aller plusieurs dizaines de fois dans la même journée, aux étuves. Ces étuves chauffaient les baguettes de soudure que nous devions utiliser suivant les fabrications et les matières à monter et à souder.

J´ai utilisé durant ma carrière professionnelle de l´amiante en tissu, en joint d´étanchéité, en bourre, pour respecter les plans, les nomenclatures et procédures de soudage, conformément aux instructions du bureau d´études et du service des méthodes. Les fabrications concernaient les collecteurs, des chaudières VP, VPX, VPW, des brûleurs etc...

Jamais à aucun moment pendant toutes ces années, je n´ai été prévenu du danger de l´amiante. En étant très jeune, avec d´autres, nous jouions avec ce flocage et les produits de l´amiante sans en connaître les terribles conséquences.

Aujourd´hui, je suis touché par la maladie et ça m´est tombé sur le dos, insidieusement, sans avoir de symptômes. moi qui ait toujours fait du sport, c´est un comble! Et pour moi c´est nouveau car je n´ai jamais été confronté à la maladie hormis quelques petits bobos comme tout à chacun.

A part quelques désagréments physiques, les conséquences de la maladie sont surtout d´ordre psychologiques.  Apprendre que j´était malade, tout d´abord je n´y ai pas cru, j´étais bouleversé, j´ai été énormement perturbé surtout les premiers temps. J´y pensais tout le temps, chaque minute, chaque jour... Puis je me suis inquiété quand j´avais une douleur (qui paraissait anodine avant!) car à chaque fois je me posais la question: et si c´était l´amiante qui est la cause?

L´inquiétude est aujourd´hui très grande et il faut vivre avec...pratiquement jour et nuit.

Le 18 septembre 2003

Jacques DESHAYES

 

La région Nord Pas-de-Calais Le centre Hospitalier de Roubaix

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